Caix, un village d’histoire et de partage.

Caix, deux mille ans d’histoire

Caix, deux mille ans d’histoire | Commune de Caix (Somme)
Commune de Caix — Somme, Hauts-de-France Patrimoine & racines · du Santerre gaulois à aujourd’hui

Casiacum · Caium · Caix

Caix, deux mille ans d’histoire

Un trésor gaulois sous les labours, un temple antique révélé par le ciel, des seigneurs partis en croisade, un village d’usines et de champs, une source aux mille vertus et des légendes qui montent avec la brume : voici la longue histoire d’un village du Santerre.

Casiacum (latin) → Caium (latin-gaulois, « le mur, l’habitation ») → Caix

Le blason originel des seigneurs de Caix : « d’argent à deux croisettes de gueules en chef et deux flanchis du même en pointe »
Ier s.
Un domaine gallo-romain au fond de la vallée, à l’emplacement de l’église
XIIe s.
Anseau de Caix, premier seigneur ; construction de l’église
1865
Découverte du trésor gaulois au bois de la Wannerie
1906
L’église classée Monument historique
1918
Caix détruite puis libérée — le 8 août des Canadiens
1932
Caix champion de France de longue paume (4e catégorie)
1943
Maurice Seigneurgens, résistant caixois, fusillé à Amiens

I — Aux origines

Des silex, un trésor et un temple révélé par le ciel

L’histoire de Caix commence bien avant les archives. Après les labours, près de la source, la terre rend encore des silex taillés du Néolithique — la trace des premiers habitants de la vallée.

En 1865, au bois de la Wannerie, M. Leblan met au jour le trésor gaulois de Caix, aujourd’hui conservé au musée d’Amiens sous le nom officiel de « trésor de Caix ». Un siècle plus tard, en 1965, l’archéologue Roger Agache, pionnier de l’archéologie aérienne, révèle depuis son avion un fanum gallo-romain : un temple dédié au Toutatis des Ambiens, honoré sous le surnom découvert sur un pilier à Amiens de Veriogodumnus — « le dieu au joug puissant » —, assimilé à Mercure par le syncrétisme romain, et fréquenté jusqu’au IVe siècle.

Au Ier siècle, un latifundium romain — un grand domaine agricole — s’implante au fond de la vallée… exactement à l’emplacement de l’église actuelle. Deux mille ans plus tard, le cœur du village n’a pas bougé. Le nom lui-même garde cette mémoire : Casiacum en latin, devenu Caium — mélange de latin et de gaulois signifiant « le mur, l’habitation » — puis Caix.

1865
le trésor gaulois, au musée d’Amiens
1965
le fanum découvert du ciel par Roger Agache
IVe s.
le temple encore fréquenté

II — Le Moyen Âge

Les seigneurs de Caix, de la croisade à la charrue

Le premier seigneur connu, Anseau de Caix, est le troisième fils de Dreux de Boves et le frère d’Enguerrand de Coucy — Caix s’inscrit d’emblée dans l’une des grandes familles de Picardie, dont le territoire courait d’Amiens à Péronne. Fait rare pour un seigneur : une fois son fils Robert en âge de gouverner, Anseau retourna à Amiens pour devenir chanoine de la cathédrale.

La tradition veut qu’Anseau ait rapporté de la Première Croisade un fragment de la Sainte Croix — c’est à cette légende que l’église doit sa dédicace à l’Exaltation de la Sainte-Croix. Son fils Robert de Caix laissa une réputation plus sombre : incendiaire de Rosières, il est cité dans la chanson de geste Raoul de Cambrai, et fonda la branche des Caix de Saint-Aymour.

Du château, il ne reste rien — ou presque. La motte castrale et son château de bois, détruits au XVe siècle, survivent dans un nom : la rue du Château. Le vrai château fort de la zone était celui de Lihons, détruit à la Révolution. Quant aux seigneurs, ruinés au XVIIe siècle, ils connurent la dérogeance : contraints, pour vivre, de travailler eux-mêmes aux champs — les seigneurs de Caix redevenus paysans du Santerre.

Ce qui relève de la tradition est présenté comme tel : la relique d’Anseau appartient à la légende fondatrice du village, non aux faits attestés.

« D’argent à deux croisettes de gueules en chef et deux flanchis du même en pointe. » Blason originel des seigneurs de Caix

Les croisettes rappellent la croisade et la dédicace à la Sainte-Croix ; ce blason, repris en tête de page, est aujourd’hui l’un des emblèmes que la commune fait revivre — jusque sur le tombereau ancien restauré par les habitants.

III — Le vaisseau de pierre

L’église de l’Exaltation de la Sainte-Croix

Construite à partir du XIIe siècle et marquée par le gothique flamboyant — voûtes en croisée d’ogives, fenêtres ogivales —, l’église domine le village de sa tour de plus de 40 mètres, vigie du Santerre. Elle est classée Monument historique depuis 1906.

Elle a tout traversé : les processions et les fondations d’obit gravées en gothique dans sa pierre à la fin du XVe siècle, les destructions de 1918 — où elle servit aussi aux blessés —, et jusqu’au passage des soldats canadiens d’août 1918, dont l’un grava son nom dans l’escalier du clocher. Sa fête liturgique, le 14 septembre, donne son rythme au village depuis des siècles.

La commune poursuit aujourd’hui sa restauration : après la façade (2021-2023), la tranche 2 — couverture et gouttereau nord — est engagée pour 2026-2027, avec le soutien de l’État (DRAC), du Département de la Somme, de la Région Hauts-de-France et de la Fondation du Patrimoine, qui porte une collecte de dons ouverte à tous. Pour tout savoir sur l’édifice et le chantier : la page de l’église sur caix.fr.

À voir dans l’église

Les trésors intérieurs

Vitraux, mémorial, coffrets de cloches, l’ancien corbillard communal, et la plaque de fondation d’obit gravée en gothique — un inventaire photographique du patrimoine intérieur est en cours.

Visites accompagnées lors des grands rendez-vous

Détruite en 1918

La chapelle Notre-Dame de Bon-Secours

Élégante chapelle de pierre au porche à colonnes, lieu de pèlerinage « pour les petits enfants », détruite par les bombardements de 1918. Une carte postale d’époque en garde l’image et la prière — un pan retrouvé du patrimoine religieux du village.

Carte postale, coll. communale

IV — La vie d’autrefois

Le vin des moines, les estaminets et la source Longue Vie

Village agricole des terres fertiles du Santerre, Caix produisait sa « goutte », son cidre… et son vin : un petit blanc très « particulier », que les moines de Lihons utilisèrent comme vin de messe jusqu’au XVIIIe siècle. En 1899, le village comptait 26 débits de boissons pour 1 368 habitants — un chiffre à replacer dans son époque, bien avant la licence IV de 1941, mais qui dit la vitalité d’un bourg où l’on vivait, travaillait et trinquait sur place.

Et puis il y a la source Longue Vie, exploitée dès le XIIIe siècle et embouteillée « de façon hygiénique à la source même » au début du XXe. Les réclames lui prêtaient mille vertus : réguler reins, foie, estomac et intestins, éliminer la gravelle, soulager la goutte, les rhumatismes et le diabète… L’exploitation commerciale a cessé, mais la source reste un symbole fort de l’identité de Caix — à la frontière exacte du patrimoine et de la légende, car c’est vers elle, dit-on, que le Karimaro attire ses victimes quand monte le brouillard.

XIIIe s.
la source Longue Vie déjà exploitée
26
débits de boissons en 1899, pour 1 368 habitants
XVIIIe s.
le vin de Caix, vin de messe des moines de Lihons

V — Le village moderne

Le Caix de la vapeur… et des champions

Au début du XXe siècle, Caix est un cas rare en milieu rural : un village d’usines et de champs. Trois usines à vapeur spécialisées dans la bonneterie y emploient plus de 1 000 ouvriers, venus de Caix et des villages alentour. Chez Capronnier travaille Georges Laignel, père de Marius Laignel, l’instituteur mort au champ d’honneur en 14-18 — l’industrie et la mémoire du village s’entrelacent déjà.

Cette modernité se lit aussi sur la place plantée d’arbres, où l’on dispute des parties de longue paume, le sport traditionnel picard. Et pas pour rire : Harle junior, président de la société, est champion de France de 1re catégorie dès 1901, et Caix décroche le titre de champion de France de 4e catégorie en 1932 — avec, parmi les joueurs, un Marcel Seigneurgens. Un siècle plus tard, la tradition sportive continue : le FC Caix, et le Parc des Sports et des Loisirs Maurice Desjardin que la commune inaugure en septembre 2026.

Champions de France

La longue paume

Le jeu de gagne-terrain à la raquette, ancêtre picard du tennis. Photos d’époque : joueurs en blanc sur la place, arbitre en casquette, raquettes au poing. Titre national en 1932, champion de France individuel en 1901.

Harle junior · Seigneurgens · Boulanger · Lefèvre · Bourdon · Lejeune

Plus de 1 000 ouvriers

La bonneterie

Trois usines à vapeur au village — une petite capitale textile au milieu des blés, qui fit vivre tout un bassin avant que la Grande Guerre ne bouleverse tout.

Entreprise Capronnier, entre autres

VI — Les épreuves

Deux guerres, et un village qui se souvient

1914-1918. Occupé par les troupes du Commonwealth dès mars 1917, évacué puis pris par les Allemands lors de l’offensive du printemps 1918, Caix est libéré le 8 août 1918 par la 1re Division canadienne, au premier jour de la bataille d’Amiens. L’école des filles devient hôpital de campagne ; le prince Louis Murat, descendant du maréchal d’Empire, y est soigné et y meurt le 21 août 1916, veillé jusqu’au bout par l’infirmière caixoise Lucie Morel. Le village sort de la guerre détruit — la chapelle de Bon-Secours en ruine, l’église meurtrie — mais debout. Quatre cimetières militaires (britannique, canadien de Manitoba, français, allemand) et le monument aux morts, avec ses 81 noms, en gardent la mémoire : « Caix à ses enfants — Gloire et honneur ».

1939-1945. Deux figures dominent : Maurice Seigneurgens (1919-1943), résistant FTPF, saboteur des voies ferrées, fusillé dans les fossés de la citadelle d’Amiens le 2 août 1943 — une rue du village porte son nom ; et, de nouveau, Lucie Morel, « Mme Deschamps » dans la clandestinité, qui aide à l’évasion d’aviateurs américains le 27 mai 1944. Deux guerres, une même leçon de courage.

1880 – 1974

Lucie Morel

Infirmière de la Croix-Rouge en 14-18, résistante en 39-45. La grande figure féminine de Caix — son panneau du parcours mémoriel fut le premier inauguré.

1919 – 1943

Maurice Seigneurgens

Résistant FTPF fusillé à 24 ans à la citadelle d’Amiens. Son nom est gravé au Mémorial de la citadelle — et sur la plaque de sa rue, à Caix.

1923 – 2009

Joseph Fontaine

Vétérinaire du village et maire de Caix de 1981 à 2001 — vingt ans au service de la commune, avec Monique, son épouse, au catéchisme et au secrétariat. Tous deux reposent au cimetière de Caix.

Caix et le Canada : une page entière

La libération du 8 août 1918, le cimetière de Manitoba, le soldat du clocher, la stèle Cuttle-Leckie, les Gardiens de la mémoire et l’exposition en 14 panneaux : cette histoire-là a sa propre page.

Lire « Caix & le Canada »

VII — Quand monte la brume

Les légendes du Santerre

Un village de deux mille ans ne vit pas que de faits : il vit aussi de récits. Ceux-ci appartiennent à la tradition orale du Santerre — on les raconte comme on les a reçus, sans les prendre pour de l’histoire, mais sans les perdre non plus.

Tradition orale

Les Loups-Sorciers de Caix

Trois hommes maudits, transformés en loups mais gardant l’esprit humain, que le curé du village finit par chasser à l’aide des « cailloux du diable » — ces cailloux percés que l’on trouve encore dans les champs.

Folklore picard

Le Karimaro

Berger cornu à la cornemuse, dont la brume attire les imprudents vers la source pour les noyer. À Caix, la sagesse se transmet en une phrase : on évite la source quand le brouillard monte.

Un phénomène bien réel

Les cloches d’Enguillaucourt

Un village disparu entre Caix, Guillaucourt et Harbonnières, dont on entendrait encore sonner les cloches. Derrière la légende, un phénomène acoustique attesté : l’écho du clocher d’Harbonnières, porté par certaines conditions climatiques.

VIII — Et aujourd’hui

Un village qui transmet

Caix compte aujourd’hui environ 710 habitants — et une mémoire de géant. Le parcours mémoriel et patrimonial déploie ses panneaux à travers le village, de Lucie Morel aux aviateurs Cuttle et Leckie, en deux fils : « Mémoire et sacrifices » et « Patrimoine et racines ». L’église poursuit sa restauration, le clocher livre ses graffitis, les cimetières accueillent chaque année des familles venues du bout du monde, et les enfants du village veillent sur « leurs » soldats.

La commune fleurit ses rues vers le label Village Fleuri, restaure un tombereau ancien aux couleurs du blason avec ses habitants, fait revivre la fête du village et inaugure son Parc des Sports. Deux mille ans après le domaine gallo-romain de la vallée, Caix continue d’écrire son histoire — et de la raconter.

Vous détenez des documents, photographies, cartes postales ou souvenirs de famille liés à Caix ? La mairie et les groupes de mémoire du village (« Caix à travers les âges », « Les anciens caixois ») les accueillent avec gratitude : chaque pièce enrichit ce récit commun.

« Caix à ses enfants — Gloire et honneur. » Monument aux morts, place de l’Église — 81 noms
~710
habitants aujourd’hui
13
structures du parcours mémoriel et patrimonial
4
cimetières militaires sur le territoire

Mairie de Caix

Commune de Caix — 80170, Somme
Hauts-de-France, France

Pour aller plus loin

Caix & le Canada — une histoire de fraternité
L’église de l’Exaltation de la Sainte-Croix
Le parcours mémoriel et patrimonial (panneaux dans le village)
La Gazette de Caix et les réseaux de la commune

Sources

Archives et corpus historique communal · Musée d’Amiens (trésor de Caix) · travaux de Roger Agache · registres CWGC · mémoire vivante des groupes caixois · traditions orales du Santerre (présentées comme telles)

Casiacum · Caium · Caix — deux mille ans, et la suite à écrire

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